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Marié au Japon… un simple tampon peut-il vous divorcer ?

Cinquième arrêt de ce Mondial du divorce : le Japon. Après l’Espagne, l’Italie, le Portugal et Las Vegas, on quitte l’Europe et les États-Unis pour un pays où la procédure de divorce la plus courante ressemble davantage à une formalité administrative qu’à une audience de tribunal.

Au cabinet, à Lyon, ce type de dossier reste plus rare que les précédents, mais toujours délicat : un couple franco-japonais qui se sépare, avec des enfants nés au Japon ou en France, et souvent une vraie incompréhension entre deux cultures juridiques très différentes.

Car s’il y a un pays de cette série où le divorce peut aller le plus vite… c’est bien celui-ci. Mais attention : vitesse ne veut pas toujours dire simplicité, surtout quand un enfant est concerné.

📝 Le kyōgi rikon : divorcer avec un formulaire et deux signatures

Voici la vraie singularité japonaise. Environ 9 divorces sur 10 au Japon passent par le kyōgi rikon, le divorce par consentement mutuel : les époux remplissent un formulaire, le déposent à la mairie (le service en charge du koseki, le registre familial), et le divorce devient définitif dès son enregistrement. Pas de juge, pas d’audience, pas nécessairement d’avocat.

Cette procédure existe pour les couples franco-japonais dès lors que l’un des deux époux est de nationalité japonaise. Mais elle a une limite stricte : elle suppose un accord total, y compris sur l’autorité parentale et le partage des biens. Au moindre désaccord sur ces conséquences, le kyōgi rikon devient impossible, et il faut alors passer par une conciliation devant le tribunal des affaires familiales (le chôtei), puis, si cela échoue, par un jugement (saiban rikon).

Autrement dit : le Japon peut être le pays le plus rapide de toute cette série… à condition d’être déjà d’accord sur tout. Ce qui, en pratique, est loin d’être la situation la plus fréquente dans mes dossiers.

🗾 Quel droit s’applique, et le jugement japonais vaut-il quelque chose en France ?

Contrairement à l’Espagne, l’Italie ou le Portugal, on quitte ici le territoire de l’Union européenne : ni Bruxelles II ter, ni Rome III ne s’appliquent. Et il n’existe, à ce jour, aucune convention bilatérale entre la France et le Japon sur la reconnaissance des jugements de divorce.

Un divorce prononcé au Japon n’est donc pas automatiquement reconnu en France. Les tribunaux français vérifient, comme pour les autres pays hors Union européenne, trois critères : la compétence du juge (ou de l’administration) japonais, l’absence de fraude, et la conformité à l’ordre public international français.

Pour la mise à jour de l’état civil français, c’est le procureur de la République du lieu où le mariage a été célébré en France (ou le procureur de Nantes si le mariage a eu lieu à l’étranger) qui ordonne l’apposition de la mention du divorce.

👨‍👩‍👧 Le vrai sujet sensible : l’autorité parentale, et un tournant historique en 2026

C’est ici que les dossiers franco-japonais se compliquent vraiment, et c’est aussi là qu’une actualité juridique majeure vient de changer la donne.

Depuis 1947, le droit japonais imposait, après un divorce, l’autorité parentale exclusive à un seul parent — dans l’immense majorité des cas, la mère. L’autre parent perdait alors, en pratique, tout droit de décision, et les mécanismes pour faire respecter un droit de visite étaient (et restent) très faibles. Cette situation a nourri, pendant des décennies, des cas douloureux d’enlèvements parentaux internationaux, la France ayant même proposé au Japon la création d’une structure bilatérale de médiation dédiée aux enfants franco-japonais.

Le changement est arrivé récemment : une réforme du Code civil japonais (loi n°33 de 2024) est entrée en vigueur le 1er avril 2026. Pour la première fois de l’histoire juridique du Japon, l’autorité parentale conjointe devient possible après un divorce — soit par accord des parents, soit, en cas de désaccord, sur décision du tribunal des affaires familiales. Des dispositions transitoires permettent même à des couples déjà divorcés avant cette date de demander à basculer vers une garde conjointe.

C’est une évolution encore toute jeune, dont la pratique des tribunaux japonais reste à observer dans la durée. Mais pour tout parent français concerné par une séparation au Japon aujourd’hui, c’est un paramètre qui a fondamentalement changé par rapport à la situation qui prévalait il y a encore quelques mois.

💡 Le saviez-vous ?

👉 Le kyōgi rikon n’est ouvert que si l’un des époux est japonais : deux Français mariés et installés au Japon ne peuvent pas y recourir de la même façon.

👉 Depuis 2014, le Japon est partie à la Convention de La Haye sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants — un progrès notable, mais qui ne remplace pas une convention bilatérale sur la reconnaissance des divorces, laquelle n’existe toujours pas.

🏁 Ce qu’il faut retenir

Si vous êtes concerné par un couple franco-japonais, gardez trois réflexes en tête :

  • ne vous fiez pas à la rapidité apparente du kyōgi rikon : elle suppose un accord total, notamment sur les enfants, qui est rarement une évidence ;
  • sachez qu’un divorce japonais devra être vérifié avant de produire pleinement ses effets en France, faute de convention bilatérale ;
  • sur l’autorité parentale, tenez compte de la réforme entrée en vigueur en avril 2026, qui change une règle vieille de près de 80 ans.

✈️ Prochain arrêt…

Dernier arrêt de ce Mondial du divorce : direction Mayotte. Un territoire français à part entière, mais où le droit du divorce garde encore aujourd’hui les traces d’un statut civil bien particulier. Réponse dans le prochain épisode.


Cet article a une portée informative générale et ne remplace pas une consultation personnalisée. Chaque situation de divorce international mérite une analyse individuelle.

🇯🇵 Vous êtes concerné par un divorce entre la France et le Japon ?

J’interviens régulièrement à Lyon dans des dossiers de divorce comportant un élément d’extranéité : conjoint étranger, résidence à l’étranger, enfants vivant dans plusieurs pays.

Ces dossiers franco-japonais demandent une attention particulière, notamment sur les questions d’autorité parentale, dans un contexte juridique en pleine évolution.

Vous êtes concerné par un divorce franco-japonais ? N’hésitez pas à prendre rendez-vous au cabinet afin d’étudier votre situation.

Sources juridiques : Ambassade de France au Japon, fiche « Divorcer au Japon » ; Code civil japonais, dispositions sur le divorce (kyōgi rikon, chôtei rikon, saiban rikon) ; Acte n°33 de 2024 portant réforme du Code civil japonais sur l’autorité parentale, entré en vigueur le 1er avril 2026 ; Convention de La Haye du 25 octobre 1980 sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants (Japon partie depuis 2014) ; règles françaises de reconnaissance des jugements étrangers hors Union européenne (compétence du juge étranger, absence de fraude, conformité à l’ordre public international).